Spiritualité
- Julie Bougis
- 20 mai 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 mai 2024
Spiritualité et religion
La spiritualité pourrait être définie comme une recherche intérieure, propre à chaque individu en quête de sens et de buts dans leur existence. C’est une force qui connecte l’individu avec lui-même, les autres et l’environnement.
La spiritualité serait un trait naturel chez tous les êtres humains, plus ou moins activée selon les personnes et les nécessités du contexte dans lesquelles elles sont insérées (Herman, 2006). Elle supposerait certaines qualités telles que la compassion, l’empathie, la gratitude, la conscience d’une dimension transcendante…
Mais la démarche spirituelle est avant tout vécue comme intime. Parmi les nombreuses définitions de la spiritualité, certaines y insèrent la dimension religieuse, d’autres non. On peut citer Lapierre (1994) qui décline la spiritualité en six éléments :
Un parcours initiatique et personnel basé sur la conviction que la vie à un sens et un but ;
Une rencontre avec la transcendance, c’est-à-dire la croyance en un niveau supérieur de réalité ;
La certitude que la croissance personnelle doit se produire avec une communauté bienveillante ;
La religion, qui fait référence aux croyances et aux pratiques relatives à la recherche d’une vérité ultime ;
Le « mystère de la création » ;
Et la transformation personnelle.
Concernant les différences avec la religion, Koenig et al., (2001) proposent six points de distinctions, la spiritualité est :
Plus individuelle (à l’inverse de la religion qui serait plus collective) ;
Plus subjective (à l’inverse de la religion qui serait plus objective, et donc mesurable) ;
Moins formelle (à l’inverse de la religion qui serait plus organisée) ;
La dimension émotionnelle est orientée vers le soi (à l’inverse de la religion qui serait plus ritualisée par le biais de pratiques sociales) ;
Il n’y a ni autorité (à l’inverse de la religion qui serait soumise à des instances de pouvoir) ;
Ni doctrine (à l’inverse de la religion qui développerait une doctrine qui sépare le bien du mal).
Spiritualité et émotion
Être religieux ou spirituel aurait un effet sur la manière de réguler ses émotions. En effet, ces personnes considèrent que la vie existe au sein d’un système plus large, organisé par un ordre supérieur et contre lequel il est futile de vouloir se battre. De ce fait, elles adoptent généralement une stratégie de régulation émotionnelle qui est l’acceptation (Vishkin, 2019).
Grâce à cette stratégie d’acceptation, ces individus seront davantage capables de reconnaitre la réalité d’un évènement négatif et de l’accepter. Elles auront alors tendance à ressentir moins d’émotions négatives et plus d’émotions positives.
De plus, les personnes religieuses et spirituelles vont avoir tendance à percevoir des évènements importants comme profondément porteurs de sens. Cette tendance à réinterpréter et à réassigner des significations à des évènements divers et variés coïncide avec une autre stratégie de régulation émotionnelle qui est la réévaluation cognitive (Gross et John, 2003). Cette stratégie va permettre de considérer les expériences négatives différemment et de trouver un côté positif à un évènement difficile. L’utilisation de cette stratégie aboutit alors à des émotions positives.
La religion et la spiritualité fournissent une vision du monde qui donne du sens à l’existence des personnes. Ces visions du monde répondent à un besoin de cohérence. Dull et Skokan (1995) considèrent ces deux dimensions comme un schéma interprétatif d’ordre supérieur qui permet de placer une situation stressante dans un contexte plus vaste et de pouvoir ainsi la relativiser.
Evidemment, nous parlons ici de ces stratégies adoptées par les individus qui se diraient spirituels ou religieux, mais cela ne leur est pas réservé, et il n’est pas nécessaire d’être religieux ou spirituel pour mettre en place ce type de stratégie !
Pour ma part, je dirai que j’utilise fréquemment la réévaluation cognitive ! C’est peut-être une manière de se protéger, ou d’être dans le déni maybe ??? Mais souvent, lors de moments difficiles, j’aurais tendance à me dire que si cela se passe de cette façon, c’est que c’est comme ça, que c’est pour une raison, et que le meilleur reste à venir !
Spiritualité et vieillissement
Haidt, psychologue social, différencie deux sous ensemble d’émotions positives : les émotions focalisées sur le soi et les émotions de transcendance de soi.
Les émotions focalisées sur le soi, comme la fierté par exemple, sont directement reliées au soi (logique hein…). Elles sont principalement auto-orientées, cela veut dire qu’elles ont généralement des préoccupations personnelles.
Au contraire, les émotions de transcendance de soi, comme la compassion, l’admiration, la gratitude, l’amour etc. par exemple, s’élèvent au-dessus de nos intérêts personnels et sont souvent liées au bien être d’autrui.
Dans sa pyramide des besoins, Maslow va rajouter au sommet de celle-ci le besoin de transcendance juste après celui d’accomplissement personnel. Ce besoin va recouvrir les notions de sacré, de divin. A ce niveau, les individus vont être motivés par des valeurs qui transcendent leur soi.
Erickson va développer une théorie du développement psychosocial en huit stades, dont la huitième et dernière étape de la vie (la vieillesse) sera définie comme la résolution d’une crise qui va opposer le désespoir à l’intégrité personnelle. Selon lui, l’intégrité personnelle passe par l’acceptation de la mort, comme la fin inévitable d’une vie réussie, faute de quoi, l’individu se laissera aller au désespoir devant l’incapacité de refaire sa vie.
La sagesse est définie comme « une préoccupation éclairée et détachée face à la vie, face à la perspective de la mort elle-même ». Elle est la marque de l’intégrité de soi dans la période de vieillissement de l’individu.
Saunders est une pionnière dans l’accompagnement palliatif. Elle a décrit 4 dimensions de la douleur : la douleur physique, la douleur psychologique ou émotionnelle, la douleur sociale et la douleur spirituelle. Cette douleur spirituelle est à prendre en considération car elle peut conduire à une demande d’euthanasie ou à des risques de passage à l’acte suicidaire, dans la mesure où elle entraine une rupture du lien de soi à soi, de soi à autrui, de soi à une transcendance.
La perspective de finitude interroge la personne âgée sur le sens de sa vie mais aussi sur le sens de sa souffrance passée, présente et potentiellement à venir, sur le temps restant à vivre, et sur l’après.
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